Blog de dada

DevOps, bidouilleur et routard plein de logiciels libres

Édito

Du rachat de Nginx

Rédigé par dada / 12 mars 2019 / 6 commentaires



C'est la grande nouvelle du moment : F5 Networks, société spécialisée dans l'équipement réseau, rachète Nginx. Cette annonce dégouline dans les réseaux sociaux et les premières craintes apparaissent.

Les protagonistes

F5 Networks m'était complètement inconnue. Jamais avant cette annonce je n'avais entendu parler de cette société. Pourtant, il semblerait qu'elle ait les moyens de poser presque un demi milliard d'euros pour acheter une entreprise concurrente. Concurrente ? Oui, puisqu'il semblerait que F5 ait pour spécialité les répartiteurs de charge, ce qu'est le boulot originel de Nginx.

Les précédents

Les débats démarrés dans Mastodon font remonter à la surface des souvenirs douloureux : lorsqu'une entreprise met la main sur un logiciel libre, les choses évoluent souvent de la même façon :

- OpenOffice, porté par Sun Microsystems, a été forké quelques de temps après le rachat de Sun par Oracle. Nous utilisons tous LibreOffice maintenant.
- ZFS, avec encore Sun et Oracle dans la partie, est devenu OpenZFS.
- MySQL, toujours avec les mêmes protagonistes, est maintenant complètement supplanté par MariaDB.
- OwnCloud est devenu Nextcloud quand l'entreprise derrière le projet s'est mise à mal gérer les contributions de sa communauté.

N'hésitez pas à aller voir la liste des forks connus. C'est impressionnant.

La licence

Nginx est sous licence BSD et F5 propose des services de répartiteur de charge (loadbal', en bon langage technique) : il n'est donc pas déconnant d'imaginer que F5 va vouloir mettre en avant ses propres solutions en y intégrant les atouts de Nginx. Tout ceci en n'étant pas le moins du monde obligé de redistribuer les améliorations qu'ils ne manqueront pas d'apporter à leur nouveau jouet hors de prix.

De fait, la licence BSD nous certifie que la dernière version de Nginx nous restera en l'état : accessible, modifiable, etc. C'est du libre (sans l'éthique). Cependant, rien n’oblige F5 à reverser les améliorations futures à la communauté. C'est la magie des licences maladroitement appelées Open Source face aux licences dites Libres.

La place de Nginx

Je me souviens avoir très (trop ?) souvent trollé Nginx quand il est arrivé dans le monde de l'hébergement. Je savais bien que c'était un excellent proxy mais je n'arrivais pas du tout à l'imaginer en tant que serveur web. J'étais clairement du côté d'Apache.
Avec le temps, les choses ont beaucoup évolué et je suis loin d'être le seul à avoir foutu du Nginx absolument partout, en loadbal, proxy et serveur. Mon infrastructure ne contient quasiment plus d'Apache. Là où il est encore présent est justifié par la flemme de le virer et de réécrire des configurations pour des gains en performance minimes.

Bref, Nginx est absolument partout, même si Apache revient dans la partie avec des performances de plus en plus proches, dans certains cas.

La suite ?

Comme dirait l'autre, bien malin est celui capable de faire des prévisions, surtout quand celles-ci concernent le futur. Pourtant, le monde libriste regorge d'exemples pouvant indiquer la direction possible que va prendre Nginx : le fork.
Tout dépendra de la réputation de F5 Networks, des choix qui vont être fait et de l'humeur des membres de la communauté Nginx. La suite de l'aventure va être passionnante à suivre et, là je peux le parier, la communauté s'en sortira par le haut, avec ou sans F5 Networks.

Hacker le débat

Rédigé par dada / 28 janvier 2019 / 2 commentaires


Quand on y réfléchit, nous sommes passablement lamentables, nous les libristes. Nous avons réussi à monter des logiciels plus efficaces, plus résilients et plus transparents pour nos petits besoins mais jamais nous n'avons réellement réussi à prendre de l'ampleur.

Les réseaux sociaux ne nous conviennent pas ? Un gus dans son garage sort Mastodon.
Passer du temps à engraisser Google via Youtube ? Peertube apparaît pour nous sortir de là.
Nous n'aimons pas rester dans un silo ? Finassons ActivityPub pour interconnecter nos modes de communications.

Avec le Grand Débat, nous avions une chance de mettre en branle nos communautés pour participer aux discussions autours de choix sociétaux. Et qu'est-ce qu'on arrive à faire ? Rien.

Nous n'arrivons plus à motiver les gens sur les questions logicielles. Je ne vais pas expliquer pourquoi, je vous laisse le soin de lire le billet de Cyrille BORNE sur le sujet. C'est mort, il faut passer à autre chose.

Ne devrions-nous pas nous lancer quand même dans la bataille d'idées qui va avoir lieu ? Bien sûr que si !

Notre transparence

Nos logiciels sont libres. Cette définition est maintenant reconnue comme gage de qualité dans le milieu professionnel via l'appellation Open Source. Nous avons gagné cette bataille. Le libre est caché partout derrière nos écrans. Pourtant, dans la vie de tous les jours, il n'existe plus. Nous aurions dû gagner sur ce terrain là aussi.
Quoi de mieux qu'une comparaison simple dont je m'étonne de ne pas la croiser plus souvent : en matière politique, le libre s'apparente à nos urnes électorales. Nos logiciels sont transparents et permettent à des assesseurs de tous bords de regarder ce qu'il se trame. C'est transparent, honnête et critiquable par tous. Nous respectons des principes moraux centenaires et pourtant la majorité s'en cogne.

Notre force technique

Rien qu'en se limitant à Mastodon ou Peertube, nous avons une armée de DevOps et d'administrateurs système et réseau capable de mettre en œuvre n'importe quelle idée folle. Et en quelques jours seulement. Des centaines d'admin Mastodon, c'est énorme. Je ne sais pas s'il existe une entreprise française avec une telle force de frappe ! Nous avons moins de développeurs mais qu'importe. Ils produisent déjà des logiciels incroyables en gérant efficacement leurs communautés à travers des forges logicielles !

Notre force financière

On n'a pas un rond ? Si, nous en avons. Le développeur de Mastodon vit de son travail pour la communauté. Framasoft emploie Chocobozz pour développer Peertube et j'en passe. Nous avons des outils pour gérer nos dons et pour les répartir. Ça marche alors pourquoi ne pas continuer à s'en servir ? Loin de moi l'idée de faire croire que nous pouvons réunir 10% du budget café de Google, mais nous pouvons quand même faire des choses. Nous avons quand même les moyens d'amorcer un projet jusqu'à un plan de financement plus traditionnel, s'il le faut.

Allons-y !

On me dira qu'il existe déjà des exemples d'impact du logiciel libre dans la vie politique : Mediamanif, par exemple. Son utilisation est à l'arrêt et je me demande si elle a vraiment servi ? Il doit y en avoir d'autres, mais ils m'échappent.

Nous semblons toujours arriver après guerre, quand tout est terminé, avec des alternatives. D'ailleurs, ce mot "alternative" commence sérieusement à me courir sur le haricot. Est-ce que pour une fois, il ne serait pas possible d'arriver avant les autres ?

Je me demandais comment hacker le Grand Débat, en lâchant un simple message sur Mastodon. Quelques minutes plus tard, j'apprends qu'une startup a déjà proposé ses services à quelques collectifs pour héberger et gérer une plateforme collaborative. Mais bordel, c'est dingue ! On se retrouve avec un début d'alternative au Grand Débat qui n'est pas basé sur un logiciel libre et qui est entre les mains d'une #CivilTech dont personne ne connaît le nom et dont les offres d'emploi se concentrent sur des juniors et des stagiaires ! Stop ! Comment est-ce possible ?!

Je n'ai pas épluché le fonctionnement de Communecter (lien), mais ça me semble bien plus honnête qu'un truc non libre, non ?! Si cet outil n'est pas parfait, logiciel libre oblige, nous pouvons participer à son amélioration à travers leurs répo !

Bref, ceci est un billet d'humeur. Faites en ce que vous voulez.

Classé dans : Édito / Mots clés : aucun

Mozilla encore sous le feu des critiques

Rédigé par dada / 02 janvier 2019 / 4 commentaires


On prend les mêmes et on recommence. Ça devient lassant de lire toutes ces critiques envers la maison mère de Firefox. Vraiment. Les dernières nouvelles ont permis aux trolls de service de se lâcher :

Un autre thème que je voulais aborder : les contenus. Le Web en regorge, mais de nos jours, il est difficile de distinguer le vrai du faux. Nous avons au sein de Mozilla des experts qui doivent prendre part aux discussions sur le sujet et peuvent travailler sur des solutions expérimentales pour résoudre ce problème.

Ce paragraphe est extrait des derniers mots de Mitchell Baker, la cofondatrice de Mozilla. Qu'est-ce qu'on y lit ? Les plus tordus s'amuseront à le traduire en : "Nous allons configurer Firefox pour que les actualités qui ne nous plaisent pas mais qui pourraient vous intéresser n'apparaissent plus dans Firefox".

Dingue.

Ça me fait penser à l'intégration de Safe Browsing, l'outil de Google qui permet de recenser les sites crapuleux et de les bloquer. Qui continue à en parler ? Qui s'amuse à le désactiver lorsqu'il installe Firefox ? Sans doute personne, ou si peu. On se souvient pourtant du scandale : Google s'arrogeait le droit de couper l'accès à des sites dont le but était visiblement la malveillance. Mais de quel droit osent-ils ? Comment peut-on ?

Depuis, plus rien.

L'année 2018 a fait sortir l'influence des trolls, des crapuleux, des malhonnêtes, etc, du bois. Internet, le web, est partout et tout le monde ou presque y traîne ses gros doigts. Et les gens vont se battre pour l'orienter dans leurs intérêts.

On pourrait reprendre les mots de Baker sous cet éclairage : Mozilla va mettre sa charte et ses moyens aux services des internautes en plaçant des gens compétents au cœur des réunions qui vont certainement avoir lieu autour des notions de fakenews/désinformations/manipulations. Pour quoi faire ? Pour taper autant que possible du poing sur la table quand des mesures farfelues seront proposées.

Personnellement, quand je vois passer des liens qui redirigent les gens vers des blogs ou des torchons qui débitent des conneries dingues sur des décisions politiques entre deux billets traitant de l'existence, la vraie, d'agroglyphes : je veux bien que Firefox ouvre une popup pour m'avertir de la folie des rédacteurs.
Et moi, je m'en rends compte. Les Michus n'auront pas toujours le reflexe de s'intéresser aux contextes.

Mozilla peut se servir de ce qui lui reste de ses compétences et de sa notoriété pour nous aider. S'ils ne le font pas, nous quitterons tous le navire Firefox pour aller voir ailleurs. Pas chez Vivaldi, pas chez Brave, encore moins chez Chrome, mais pourquoi pas chez Librefox.

C'est facile de s'énerver quand la neutralité d'un navigateur ne semble plus garantie. Il ne faut cependant jamais oublier que 99% des gens ne comprennent pas ce qu'est un navigateur. Le laisser neutre serait l'idéal, c'est certain, mais peut-on vraiment se le permettre alors que les sociétés se transforment en somme d'individualisme et plus en multitude réunie par les mêmes envies, règles, droits et devoirs ?

Pour finir : les choix techniques qui seront peut-être pris par les grands navigateurs ne seront que des rustines posées sur une jambe de bois. L'éducation devrait faire son travail mais dans un monde bouffé par l'optimisation et la rentabilité de l'humain, on fait avec ce qu'on a.

Classé dans : Édito / Mots clés : aucun

Le Blog de dada en 2018

Rédigé par dada / 29 décembre 2018 / 5 commentaires


L'année se termine et je me plonge dans Matomo (anciennement Piwik) pour regarder dans le rétro. Je vous propose un rapide tour d'horizon de ce qu'a brassé mon modeste blog ces 12 derniers mois.
Mon Matomo est configuré pour ne pas tracker celles et ceux qui ne le souhaitent pas, d'où l'importance des Inconnus dans les graphiques qui vont suivre.

Les navigateurs


Chrome : 31%
Firefox : 7%

Comme la totalité du Web, je n'échappe pas à l'invasion de Chrome. L'encart publicitaire en haut à droite de la page d'accueil ne fait pas assez effet.

Systèmes d'exploitation



GNU/Linux : 66%
Windows : 16 %

Là, c'est la fête ! Les thèmes abordés dans mes colonnes attirent une population spécifique : l'adepte du logiciel libre ou open source. Ce n'est pas surprenant de voir GNU/Linux en tête des OS chez mes visiteurs. Je me demande quand même où sont passés les utilisateurs de MacOS ?

Périphériques


Bon, là, on se sert des PC pour venir me lire. Les autres machins sont quantité négligeable alors même que PluXml est parfaitement adaptatif et s'affiche très bien sur des petits écrans.
J'ai des infos sur les marques des smartphones : Apple caracole largement en tête, suivi de loin par Samsung.

Les moteurs de recherche



Celui-là, je le mets pour le lol, comme on dit. Google domine.

Les réseaux sociaux


Twitter : 65%
Mastodon : 17%
Facebook : 12%

Je ne sais pas quand Matomo a intégré Mastodon dans sa liste des réseaux sociaux mais c'est une excellente idée ! Twitter domine, c'est clair, mais j'ai maintenant de quoi suivre l'évolution de Mastodon comme vecteur d'information.

Les visites




Classique, tout ça.

Plus de chiffres

Si vous voulez plus de chiffres :
- 1 900 000 visites
- 245 784 000 pages vues
- 34 articles
- 198 commentaires

C'est beau, mais assez faussé. J'ai une armée de lecteurs de flux RSS qui s'amuse à vérifier toutes les 30min si j'ai publié un nouvel article. Je ne sais pas ce que les gens balancent dans leurs lecteurs de flux, mais tout rafraîchir aussi souvent, ça me parait un peu beaucoup.

Enfin voilà. 2018 se termine doucement. Les statistiques m'encouragent encore et toujours à écrire des choses sérieusement. Ne croyez pas que j'écris pour la gloire des chiffres : ils m'intéressent sans plus. J'écris pour partager mes aventures et parfaire mes connaissances. Plus de visiteurs ne me pousse qu'à faire plus attention.

Merci pour cette année 2018 et à 2019 !

Classé dans : Édito / Mots clés : aucun

Google, le web et le Reste

Rédigé par dada / 08 août 2018 / 11 commentaires


C'est étonnant. Parfaitement étonnant. Un nombre non négligeable de geeks libristes se servent encore et toujours de Google Chrome/Chromium. Une frange énorme de la population se sert de Google Mail. Et que dire de Google Search ? Pas grand chose. Android ? Bah.

Dans un billet intitulé "Il était une fois le web : la guerre" datant d'il y a un peu plus de 2 ans, je vous partageais une vidéo d'un gars expliquant calmement la direction dans laquelle le web se dirigeait. Il a le regard d'un bonhomme de son temps, un geek de 2016, et tout au long de sa conférence, il nous parle de Chrome comme du nouveau IE 6. Ça parait difficilement croyable quand on a vécu cette période. Les moins de 30 ans ne doivent pas être capable d'imaginer ce que c'est. Et pourtant. Allez donc voir cette conférence.

Aujourd'hui, en 2018, les statistiques de mon blog me traumatisent. Google est partout en majorité. J'ai la chance de drainer des visiteurs plus alertes que les autres : Firefox est loin, mais bien moins loin que chez les autres. Ce que je comprends ? Que personne ne s'intéresse à la diversité, à l'égalité, à l'équité. Google : ça marche, c'est efficace et c'est compatible avec tout ce qu'on peut voir.

Je lisais un article : Google a-t-il ralenti YouTube sur les navigateurs rivaux de Chrome ? On va me dire que c'est normal, que le nom complet de Youtube, c'est Google, et que rien n'empêche le propriétaire d'une plateforme d'en faire ce que bon lui semble. Pourtant, en 2018, pour profiter de Youtube, pour pouvoir nous en servir avec les mêmes droits que les utilisateurs de Google Chrome, nous devons installer une extension.

Imaginez, une seconde, qu'on vous dise que vous ne pouvez pas accéder à l'autoroute parce que votre voiture n'est pas du bon constructeur. On vous balance sur une départementale pendant que les voitures Google, autonomes ou pas, continuent tranquillement leur chemin. La seule solution qui s'offre à vous pour enfin profiter des 130km/h, c'est de passer par un garage pour modifier votre bagnole. Ça vous énerverait. La situation actuelle du web devrait vous énerver, vous faire peur.

Je vous invite à visionner la conférence de XavCC à Pas Sage en Seine de cette année :


Au delà de l'influence de Google sur le web, il y a l'influence de Google sur le loyer de votre appartement, sur l'emploi, sur le type de société, sur l'éducation et j'en passe.

Si vous ne savez pas vraiment pourquoi vous être en train de me lire à l'aide de Google Chrome, allez télécharger Mozilla Firefox.
Si vous connaissez des gens qui ne savent pas pourquoi ils utilisent Google Chrome, sortez vôtre bleu de travail pour aller leur installer Mozilla Firefox.

Redevenez des acteurs du web et plus seulement des utilisateurs.